DOSSIER : ACCIDENT NUCLÉAIRE – COMMENT LA FRANCE S’Y PRÉPARE ?


DOSSIER :
ACCIDENT NUCLÉAIRE – COMMENT LA FRANCE S’Y PRÉPARE ?

Le risque nucléaire existe : oui, il est possible de perdre le contrôle d’une centrale, et qu’un nuage radioactif contamine les villes, les terres, les habitants. Depuis Fukushima, les autorités françaises ne peuvent décidément plus ignorer cette hypothèse longtemps taboue. Et doivent composer avec l’infinie complexité d’un tel scénario. Comment alerter, protéger, évacuer les populations ?

Vous pouvez accéder au dossier preparation accident_france_cs.

Au sommaire de ce dossier :

– Est-on sûr que l’alerte sera entendue par tous ?

EDF a mis en place un système d’alerte automatique sur les téléphones fixes… dans un rayon de 2 km autour de chaque centrale.

– Y aura-t-il suffisamment de comprimés d’iode ?

Au-delà d’un rayon de 10 km, pas de distribution préventive des boîtes d’Iodes… et là, chaque département a ses propres dispositifs

Ce manque de cohérence constitue un risque en termes d’accès aux soins pour une grande partie de la population. De plus, la France ne prévoit qu’une prise d’iode, éventuellement renouvelable une fois si l’évacuation est impossible…

– Comment la population sera-t-elle évacuée ?

On estime la population à plus de 800 000 personnes à moins de 30 km de la centrale de Fessenheim… C’est potentiellement plus de 800 000 personnes à évacuer en cas d’accident… peut-être pour toujours.

L’évacuation elle-même est source de risques et de décès. À Fukushima on estime le bilan de l’évacuation à 1 200 morts (l’étude Japonaise reste à confirmer).

En France le périmètre de planification d’intervention a été pensé pour un accident modéré. Il ne dépasse pas 10 km or la catastrophe de Fukushima a nécésité l’évacuation de zones situées à 50 km de la centrale. Ce qui signifie que des villes comme Lyon, Bordeaux, Orléans, Saint-Étienne, Mulhouse, Calais ou Dunkerque sont susceptibles d’être évacuées sur ordre du préfet.

D’autres questions se posent :

Où fuir ?
Comment éviter le chaos et la panique des foules ?
Comment planifier une évacuation en tenant compte des changements de la météo – et notamment du vent ?
Qui restera pour assurer la sécurité des autres sites à risques – usines chimiques, etc. ?

– Quels territoires seront condamnés ?

Quelles régions seront interdites à la population ? Par exemple à Tchernobyl, 10 000 km2 ont été interdits.

5 minutes de pluie suffisent à condamner une commune même situer à des dizaines, voir des centaines de kilomètres.

– Comment saura-t-on si l’on a été contaminé ?

Estimer les conséquences d’un accident nucléaire exige plus de 30 ans de suivi d’immense cohorte de volontaires.

– Qui viendra stabiliser la centrale ?

EDF a commencé à mettre en place une force d’action rapide nucléaire…

Le code de la santé publique prévoit un plafond d’irradiation pour ces intervenants qui peut être repoussé jusqu’à 3 fois la dose admise d’apparition des cancers (100 mSv).

– Faudra-t-il abandonner le bétail en zone interdite ?

… il faut aussi envisager le pire : les détails sordides d’un abattage de masse (comptez 120 vaches par heure sur une exploitation) ont déjà été discutés, ainsi que le traitement à la chaux des cadavres. comme aux pires heures de la crise de la vache folle.

– Pourra-t-on vraiment se fier aux informations officielles ?

Le doute persiste. Après les mauvaises expériences de Tchernobyl et de Fukushima, le moins que l’on puisse dire, c’est que le doute légitime persiste.

– Quel sera l’impact de la catastrophe au-delà de la zone interdite ?

Le volontarisme est clairement affiché : les postes, les mairies, les écoles doivent réouvrir au plus vite après la crise ; les supermarchés et les pharmacies restent indispensables. bref, la vie doit continuer.

Dans la zone de protection des populations, la plus proche de la zone maudite, une interdiction pure et simple des denrées produites localement serait prononcée au moins le premier mois : légumes, fruits, céréales, lait, viande, miel, etc.

Et ce n’est pas tout. Le bois de chauffage local serait banni : les produits manufacturés immobilisés ; en forêt, le gibier, les baies, les champignons a évité absolument pendant plusieurs années.

De toute façon, l’accès aux forêts serait certainement interdit.

Et la contamination n’est pas statique…

– Sera-t-il possible de tout décontaminer ?

Une décontamination n’est jamais parfaite…

– Comment se débarrasser des déchets radioactifs ?


Immense le mot est faible : il faudra placer au moins 28 millions de mètres cubes de déchets radioactifs… cela implique 2 millions de voyages en camion, soit l’ordre de grandeur du trafic annuel de transport routier en France. Et dire que ces déchets ne sont qu’un problème parmi beaucoup d’autres…

– Que vont devenir les réfugiés ?

Des centaines de milliers de personnes arrachées du jour au lendemain à leur terre, leur maison, leurs habitudes, leur travail, leurs amis…

À ce jour aucune bonne solution ne semble avoir été trouvée, et aucun « numéro vert » ne réglera cette situation.

– Comment sera suivi l’état de santé de la population ?

Les enfants sont particulièrement sensibles aux radiations…

Le sur-risque de développer un cancer persiste tout au long de l’existence.

– Qui indemnisera les victimes ?

Un accident majeur mettrait rapidement EDF en faillite.

Un accident nucléaire majeur coûterait à la France 450 milliards d’euros, soit 20 % de son PIB annuel.

– Reviendra-t-on un jour en zone interdite ?

… à ce jour la science n’est pas capable de trancher.

… l’épidémiologie ne permet pas de distinguer l’impact des faibles doses…

– Les générations futures seront-elles concernées ?

Un accident nucléaire engendre forcément des conséquences profondes et durables.

La question de l’impact sur la santé des futures générations reste en suspens.

Autant de questions abordées dans le dossier du magasin Science et vie, par Vincent Nouyrigat et illustré par Frédéric Pajak.

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